Comme un conte

IL FAUT AIMER LES CONTES…

Cette nouvelle série d’œuvres de G.G.G nous entraîne dans l’univers des contes, un univers poétique et simple mais aussi sombre et nostalgique ( comme le sont souvent les contes de nos livres d’enfant ) où alternent les joies et les peines, tout autant que les transparences et les opacités , les espoirs et les frayeurs , les lumières et les ombres..
Dans ces tableaux ou se tissent les récits ,les narrations volent d’images en images ,elles passent du portrait d’une femme aux yeux palis à un paysage d’hiver aux eaux sauvages, sur les ailes rapides d’un rouge-gorge facétieux sorti d’une boite où se cachent nos souvenirs d’enfance .Et cette mise en abîme est à la fois troublante et délicate. Ces boites historiées aux images naïves et fraîches comme des enluminures mais que le temps et l’usage ont envahi de rouille jusqu’à les rendre illisibles ont cependant servi de point de départ à l’artiste , dans le dérisoire même de leur insignifiance.
La technique picturale, comme toujours chez G.G.G, est à la fois précise et extrêmement libre .Les matières généreuses et travaillées, , les glacis et transparences aident à ouvrir le champ de notre imaginaire. Les contours des œuvres ,souvent flous et vaporeux , aident à enfouir notre regard dans l’embrumement de nos souvenirs .Ce procédé formel sait créer un subtil décalage qui, tout en nous mettant en distance de la précision très graphique du centre de l’image , permet à l’ensemble de la composition de flotter dans un « ailleurs » indéfinissable, une sorte de « no-man’s-land » spatiotemporel indéterminé. Les fonds eux-mêmes ,très présents et travaillés ( tâches , traces ,giclures …) créent un lien presque inconscient d’une œuvre à l’autre et sont la trame souterraine de cette narration fluctuante et imprécise.
C’est bien là la force picturale émotionnelle du travail de G.G.G , qui , à partir d’objets oubliés et usés de notre banalité quotidienne, et en en extrayant une puissance narrative secrète arrive à nous immerger dans ces récits lointains qui ont forgé notre imaginaire.

Numa Droz
Septembre 2018