En déshérence

Dans la riche texture de ces dernières heures, G.G.G. nous parle d’un monde perdu, nous parle de souvenirs futurs, elle nous plonge dans l’oxymore
pictural d’un univers d’objets, d’un quotidien banal qui sont en passe de devenir des traces archéologiques.
Le temps s’est brutalement figé, à la suite de quel cataclysme ?
La sourde présence d’un drame affleure, l’humain y est totalement présent et à la fois éminemment absent, rayé de son monde par un souffle d’apocalypse où lentement la nature tente de reprendre ses droits. Elles’immisce par les fenêtres évidées.
Dans des pièces presque vides stagnent les bruits lointains d’une présence humaine passée : sièges de toute sorte, pauvres objets d’un usage amical et journalier, abandonnés à leur devenir néant et
déjà gagnés par une rouille mortifère. Le fond pictural et la forme d’une précision quasi photographique s’unissent dans une surface peinte où le temps fictif et le volume illusoire se chevauchent dans une matérialité immatérielle.
Les images créent chez le regardeur un mouvement duel de séduction et de répulsion, comme un mauvais souvenir dans une enfance heureuse ou l’inverse.
Les deux pôles contradictoires d’une souvenance qu’on a cherché à oublier à tout prix et qui ressurgit pleine de violence et d’angoisse, au détour d’une phrase, sur le divan d’un analyste. Le passé, comme un Léviathan obscur, montre son dos d’écailles noircies dans l’atmosphère limpide d’un soir d’été où le soleil se couche sur une mer parfaite.
Sous la flatterie de couleurs subtiles et chatoyantes une bête sombre est tapie comme une mémoire oubliée. D’un pinceau précis et cruel, G.G.G. remue avec patience le potage consistant dans le chaudron magique de ses souvenirs…
Et la recette est étonnante et belle.

Numa Droz